Le contexte politique, budgétaire et financier inédit que connaît notre pays ainsi que les problèmes qui se posent dans nombre de champs de l’action publique interrogent le fonctionnement de l’État, mais aussi la capacité de ses dirigeants politiques et administratifs à faire face aux enjeux actuels et à ceux de demain. Les difficultés rencontrées par nos concitoyens tendent en effet à faire des cadres supérieurs les « boucs émissaires» des dysfonctionnements et difficultés publiques.
Pour répondre aux critiques et à la défiance, la « réforme de la haute fonction publique de l’État », décidée il y a six ans, visait à moderniser et dynamiser la gestion des cadres supérieurs et dirigeants de l’État en encourageant la mobilité, la prise de risque, en luttant contre les corporatismes, en mieux repérant et formant les talents.
Du chemin a été parcouru : création, après la délégation aux cadres dirigeants, de la délégation à l’encadrement supérieur de l’État (DIESE) en 2021 ; mise en place d’un corps unifié des administrateurs de l’État en 2022 fusionnant 14 corps, fonctionnalisation de nombreux emplois supérieurs (préfectorale, diplomatie, inspection et contrôles, finances publiques), remplacement de l’École Nationale d’Administration (ENA) par l’Institut National du Service Public (INSP) ; cette année 2025, cadre commun aux corps interministériels d’ingénieurs de l’État, dans le même temps qu’était accomplie, pour la Fonction publique hospitalière une première phase d’intégration des directeurs d’hôpitaux dans la réforme avec une attention portée, au-delà de l’alignement des rémunérations, à la mobilité et à la formation continue.
Pourtant, ces novations contrastent avec les fortes remises en cause du fonctionnement de l’État, et les cadres supérieurs et dirigeants de l’Etat sont au cœur de cette contradiction. Ils font face à la complexité, à l’éclatement des collectifs de travail, à des environnements de plus en plus exigeants et contraints. Ils sont aujourd’hui interpellés sur l’efficacité de leur action, sans disposer des leviers nécessaires. Il en résulte une forme d’épuisement, l’aspiration à un sens et une cohérence de l’action publique et à des marges d’action. Comment dans ce contexte redonner du sens à l’action publique et sortir d’une forme de désenchantement ?
Le Cercle de la réforme de l’État formule dans cette tribune quelques pistes qui reposent sur une conviction : la réforme de la haute fonction publique doit aller de pair avec la réforme de l’État, dans une conception d’ensemble. Il en résulte deux axes de travail: