Ne pas penser qu’à raboter !

Publié le 25/01/2018

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Le séminaire gouvernemental du 3 janvier a, entre autres, mis la pression sur les ministres pour
qu’ils fassent des propositions de réforme de l’Etat avant la fin mars 2018. Ceci confirme
l’intérêt du président Macron pour le programme « Action publique 2022 », lancé en septembre
2017, qui a pour ambition d’améliorer le service au public, d’améliorer les conditions de travail
des agents et de baisser la dépense publique (54,6 % du PIB aujourd’hui) en la rabotant de 3
points d’ici à 2022 ! ...

Ne pas penser qu’à raboter !

(Ouest France toutes éditions 25 janvier 2018)

Maurice Baslé, membre du cercle de réforme de l’Etat, CREM-CNRS Université Rennes 1

Le séminaire gouvernemental du 3 janvier a, entre autres, mis la pression sur les ministres pour
qu’ils fassent des propositions de réforme de l’Etat avant la fin mars 2018. Ceci confirme
l’intérêt du président Macron pour le programme « Action publique 2022 », lancé en septembre
2017, qui a pour ambition d’améliorer le service au public, d’améliorer les conditions de travail
des agents et de baisser la dépense publique (54,6 % du PIB aujourd’hui) en la rabotant de 3
points d’ici à 2022 !

Chaque nouveau mandat présidentiel depuis 2007 a commencé de la même façon : en juillet
2007, après l’élection de Nicolas Sarkozy, la « Révision générale des politiques publiques »
(RGPP) devait impérativement diminuer la dépense publique tout en renforçant l’efficacité et
la qualité de l’action publique. C’était initialement une belle idée, le souci ayant été dans la
pratique la dérive vers des démarches de simple audit organisationnel et le non remplacement
d’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. Les simples raboteurs des dépenses ont
remplacé les penseurs de la réforme des ministères et des administrations.

Après l’élection de François Hollande en mai 2012, et après la remise, par les trois grandes
inspections générales interministérielles, d’un rapport d’évaluation de la RGPP, le Premier
ministre, Jean-Marc Ayrault, a convoqué, le 1er octobre 2012, un séminaire gouvernemental
sur la modernisation de l’action publique (MAP) afin de définir la feuille de route en matière
de réforme de l’Etat. Trois priorités nouvelles avaient été annoncées : la simplification des
démarches administratives, l’amélioration de l’accessibilité des services publics en ligne et
l’extension du principe de la gratuité de la réutilisation des données publiques, et surtout
l’évaluation des politiques publiques : la mise en œuvre a été plus que correcte avec par exemple
un grand nombre d’évaluations mais un bilan encore améliorable.

Après l’élection d’Emmanuel Macron, est annoncée la simplification et l’amélioration de la
qualité de services et la transformation numérique mais aussi la rénovation du cadre des
ressources humaines, de l’organisation territoriale des services publics et de la modernisation
de la gestion budgétaire et comptable.

Ce troisième essai devrait emprunter des chemins de progrès* : d’abord en appeler aux
citoyens-usagers et aux agents pour qu’ils se demandent tous les matins ce qu’ils font pour la
modernisation et qu’ils ne perdent pas le sens, « l’engagement » de l’action publique. Ensuite
outiller les relations entre les fonctionnaires et les usagers avec des plateformes de service
public genre Datathèques-services qui décanteraient les données publiques désormais ouvertes
et permettraient à chacun de partager moins hiérarchiquement l’intelligence des données. Enfin
et par-dessus tout améliorer la formation « à l’ancienne » des agents publics d’Etat et
territoriaux afin qu’elle prenne davantage en compte les compétences relationnelles qui fondent
la confiance entre le service public et les nouvelles générations cultivant les « réseaux
sociaux ». Une suggestion serait que toutes les économies réalisées dans les dépenses de
fonctionnement (y compris dans les collectivités locales) soient d’abord réinvesties dans
l’outillage numérique des agents : ceci enclencherait un cercle vertueux du rapport du
rendement du service public à son coût et en cinq ans le retour au 50/50 du rapport entre privé
et public !

*Voir Cercle de réforme de l’Etat. Rénover la gouvernance et le management publics. Note du 2 octobre 2017.